Actualités : PUBLICATION
2009-11-19
PUBLICATION
LE MANUEL DE LA PEINTURE ET DE LA DÉCORATION
LES MARBRES ITALIENS EN TROMPE L’ŒIL (suite du n°629)
LE BLANC VEINE
Les carrières de Carrare en Italie qui produisent le Blanc veiné sont en exploitation depuis l'antiquité.
Il existe plusieurs variétés de ce marbre et de grandes disparités d'un échantillon à l'autre.
Il peut être pur et cristallin, on le nomme alors « marbre statuaire » car il est très prisé des sculpteurs pour sa finesse. Il peut à l'opposé avoir un veinage très prononcé et même brouillé.
Le Blanc veiné est le marbre que le décorateur est appelé à reproduire le plus souvent.
Il se fait dans la pâte, c'est à dire dans une peinture fraiche, en une seule étape et sans reglaçage.
Fond: blanc mat-satiné.
Palette: noir d'ivoire, bleu outremer, vermillon, terre de Sienne naturelle.
Glacis: essence de térébenthine pure
Outils: brosses de pouce à glacer, éventuellement rouleau ras en laine à peindre, brosses à marbrer, queue de morue à lisser
Pâte: mélanger dans le fond d'un camion 1/2 huile d'œillette, 1/2 essence de térébenthine, 6 % de siccatif blanc ou siccatif de Courtrai.
Ajouter à ce mélange du blanc de zinc, une pointe de vermillon et de bleu outremer (ton gris) jusqu'à obtention d'une peinture fluide. Prévoir 1 litre de cette peinture pour couvrir 15 m2.
Si vous souhaitez reproduire un blanc veiné d'aspect un peu ancien, vous pouvez y ajouter une pointe de terre de sienne naturelle.
Il faut noter que je préconise dans la formulation de cette peinture une quantité de siccatif plus importante qu'à l'accoutumée. C'est dû au fait que l'huile d'œillette n'a pas la siccativité naturelle et intrinsèque que possède l'huile de lin.
De plus les propriétés catalytiques du siccatif de Courtrai sont beaucoup plus faibles que celles du siccatif ordinaire.
En clair, si vous en veniez à oublier de siccativer une préparation à l'huile d'œillette, celle-ci ne sécherait pas. Alors que cette omission dans une formulation à base d'huile de lin n'aurait pas d'autres conséquences que de retarder son séchage de quelques jours.
MISE EN ŒUVRE :
Sur les supports soigneusement apprêtés, appliquer la pâte soit à la brosse de pouce à glacer, soit au rouleau à peindre selon l'importance de la surface à marbrer.
Adoucir en huit avec la queue à lisser les cordes laissées par la brosse ou la peau d'orange laissée par le rouleau.
A l'aide d'une petite brosse de pouce chargée majoritairement de noir très dilué par la térébenthine, et parfois d’une pointe de terre de Sienne naturelle, établir les dessous du marbre en indiquant clairement son orientation. Ne pas craindre de placer beaucoup de ces dessous qui animeront avantageusement les grandes masses.
Les débutants s'interrogent souvent sur la possibilité de faire des veinages clairs à partir du noir... Il suffit simplement de diluer énormément ce noir pour obtenir la transparence désirée.
Ainsi donc, avec les brosses à marbrer bien abreuvées de ce même glacis, dessiner avec plus de précision les veinages.
Travailler bien en jus jusqu'à épuisement du contenu de tes brosses pour obtenir des demi-tons sans craindre de dépouiller le fond. Le cas échéant, cela produirait de la matière du plus bel effet.
Placer localement et avec parcimonie, un veinage en terre de Sienne naturelle presque pur pour suggérer une coloration due à des oxydes métalliques.
Adoucir son travail en huit à la queue à lisser en insistant davantage sur les zones que vous souhaitez atténuer afin d'en valoriser d'autres.
Le blanc veiné ne se vernit pas car la pâte dans lequel il est peint est solide et lavable et ne nécessite pas de protection supplémentaire.
NB/ les mots indiqués en italiques ramènent au glossaire
Résidence privée
Entrée et montée d'escalier en Blanc veiné accompagné de listels incrustés en Jaune de Sienne et de pierre de Paris. Moulures en trompe l’œil.
GLOSSAIRE :
Cordes : rayures laissées par les soies d’une brosse dans une peinture trop épaisse ou séchant trop rapidement.
Dessous : matiérage du fond lors de l’ébauche d’un décor.
Essence de térébenthine : oléorésine extraite du pin maritime dont on tire, après distillation, cette essence très utilisée dans la formulation des glacis.
Huile d'œillette : huile blanche extraite du pavot noir utilisée pour son caractère non jaunissant
Jus : peinture très diluée. A ne pas confondre avec un glacis qui est toujours transparent alors qu’une peinture diluée en « jus » aura toujours une certaine opacité.
Pâte : peinture grasse au temps ouvert long, dans le frais de laquelle on réalise les veinages du Blanc Veiné ou de la Brèche Grise
Peau d'orange : petit relief pommelé laissé dans une peinture appliquée avec un rouleau.
Reglacage : opération terminale qui consiste à passer un nouveau glacis, généralement teinté, sur un travail d'imitataion de matières - bois, marbres, pierres-fines, écailles - afin de leur apporter de la profondeur et de la transparence.
Siccatif : composé de sels métalliques (cobalt, manganèse) ayant des propriétés catalytiques favorisant le séchage et le durcissement des peintures à l’huile